Les chemins de la bonne gouvernance financière publique


Alice Lachèze et Franck Waserman
ATER à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne,
Chargés de mission à FONDAFIP




L'enjeu de ces UPFP 4 concerne un véritable fait de société, selon le professeur Michel Bouvier. Il s'agit de reconstruire la façon du vivre ensemble et de la refonder sur un pacte social renouvelé, en s'inspirant notamment des expériences étrangères.



Le facteur politique est un élément essentiel de l'organisation de la société. Pourtant, le prisme technique domine et s'avère de plus en plus nécessaire pour appréhender les phénomènes systémiques dans des sociétés cognitives, c'est-à-dire des sociétés dans lesquelles le savoir, la connaissance, la compétence, et pour tout dire l'intelligence, toutes nouvelles matières premières, sont le ciment qui tient ensemble les briques de la maison Etat. Les concepts, les productions de l'intelligence et les œuvres de l'esprit se révèlent dès lors comme des instruments pleinement et bénéfiquement opérationnels.

Dès lors, on comprend l'importance, dans une telle société de l'intangible et de l'immatériel, de ne pas laisser subsister de flou dans les concepts que nous utilisons, parce que ce sont eux qui constituent la trame, la matière même de nos liens sociaux ; c'est cette étoffe qui, dans nos vies quotidiennes, par le réseau d'intelligence collective qui la maille, nous unit les uns aux autres. C'est fondamentalement à un travail de définition du sens auquel il faut s'atteler et dont les UPFP sont l'un des fers de lance.

C'est le regroupement convergent de différents genres de savoirs financiers, celui de l'expert, celui du politique, celui de l'universitaire, venus des différents continents lors de ces UPFP qui permet cette synergie syncrétique, seul à même de faire se lever du sens, de remettre de l'ordre dans le flou conceptuel dont souffrent nos sociétés contemporaines.

Pour le Professeur Bouvier, la réflexion est à mener autour de trois axes. De la même manière qu'il faut décloisonner les savoirs, il faut les tendre vers la réorganisation ouverte, décloisonnée, des processus de l'action publique et du fonctionnement des Etats. C'est à ce titre que la réflexion sur la gouvernance permet de prendre la réelle mesure des problématiques concrètes.

La gouvernance doit donc être pensée dans le cadre d'une économie cognitive, cette réflexion même apparaît, compte tenu de ce qui précède, comme un facteur de la performance.

Néanmoins, l'exigence d'expertise ne doit en aucun cas occulter l'impérieuse nécessité de pérenniser la légitimité démocratique du fonctionnement des institutions publiques. La technique ne doit pas prendre le pas sur le politique. Cette légitimité politique qui passe par la diffusion du savoir la plus large possible, par la compréhension du plus grand nombre, est la garante que les sociétés cognitives ne dérivent pas vers la technocratie mais s'assument au contraire pleinement comme des sociétés humanistes, héritières des Lumières. Ce n'est pas la moindre des preuves d'humilité pour des universitaires, conscients de l'importance du savoir pour la démocratie, d'entreprendre un projet aussi extravagant que les UPFP pour en assurer la diffusion.